Retraite : une réforme inadaptée et injuste

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Alors que le besoin de financement est l’un des plus bas d’Europe (+0,6 point de PIB d’ici 2020) la proposition de réforme ferait que la France aurait l’un des systèmes les plus sévères d’Europe. Ce système extrêmement exigeant se traduirait par de nouvelles injustices : injustices pour ceux ayant commencé à travailler tôt, pour ceux ayant fait des travaux pénibles, pour ceux qui auront connu le chômage, pour les femmes, pour les jeunes et pour les séniors. Oui à une réforme mais une réforme adaptée, juste et lisible.

Avant d’aborder la réforme des retraites il faut revenir au problème et comparer notre situation à celle de nos voisins. Comme nous le rappelions dans notre post « Retraite : pour un vrai débat », si la France est concernée le vieillissement, elle l’est dans des proportions qui sont et resteront dans l’avenir prévisible nettement moins importantes que la plupart de ses voisins. En effet, en France en 2009 si l’on regarde l’ensemble des femmes le taux de fécondité est de 2 enfants chiffre à ceux du Japon 1,32 de l’Allemagne 1,33 de  l’Italie 1,35 ou de l’Espagne 1,38. Aussi le besoin de financement à horizon de 2040 n’est que de 1,3 point du PIB à comparer à plus près de 5 points en Espagne.

Or face à cette situation plutôt favorable le gouvernement nous propose une réforme qui devrait nous amener à avoir un des systèmes les plus durs d’Europe. En effet, si tous les pays partent sur un âge de départ à la retraite à taux plein à 67 ans, nous devrions avoir les règles les plus restrictives en termes de durée de cotisation. Alors que la France augmente sa durée à 41,5 ans en 2020, la plupart des pays compensent l’augmentation de l’âge de départ par une baisse de la durée : le Royaume-Unis passe de 44 ans à 30 ans, l’Espagne se contente de 35 ans et les Pays-Bas exigent seulement 50 ans de résidence dans le pays ; seule l’Allemagne est plus stricte avec 45 ans en 2029. De plus, il existe de nombreuses dérogations à l’âge de départ : certaines professions, pénibilité avec les séniors considérés comme « invalides » (10% au Royaume-Unis, 13% au Pays-Bas et 16% au Danemark contre 4% en France !), chômeur de longue durée… Alors que Nicolas Sarkozy veut nous faire croire que nous ne faisons que comme nos partenaires Européens, la comparaison montre que la France sur réagit.

Par ailleurs, contrairement à ce que Nicolas Sarkozy voudrait nous faire croire, la question du financement des retraites est très loin de dépendre des seules variables démographiques et ce n’est pas tant la part des plus de 65 ans dans la population qui compte que le rapport entre leur nombre et celui des personnes qui occupent un emploi. Or ce ratio est quasiment et en 1995 nous avions en France 25 personnes en emploi pour dix personnes de plus de 65 alors que sur la même période le ratio entre l’ensemble des 15-64 ans et celui des plus de 65 ans est tombé dans le même laps de temps de 44 pour 10 à 39 pour 10. La question des retraites est donc une question bien plus systémique et la détérioration observée depuis 2008 est due non au vieillissement de la population mais à la détérioration de l’emploi pour les moins de 65 ans.

La vraie question est donc : comment dans une société qui réalise toujours plus de gains de productivité partage-t-on le travail et la richesse produite ? Or Sur le plan de l’emploi, en 2007 la France était le pays qui avait l’une des productivités horaire la plus élevé au monde avec les Etats-Unis et même avec les 35 heures, la productivité de la France par personnes occupée était dans les plus importantes (+15% par rapport à la moyenne de l’Union Européenne). Avec les mesures sur les heures supplémentaires prises par Nicolas Sarkozy et la baisse structurelle du temps de travail dans les autres pays, la productivité par personne occupée a sans doute encore augmenté comparativement aux autres pays.

Dans ce contexte, cette réforme inadaptée ne peut que générer des nouvelles inégalités. Avant même cette nouvelle réforme, la France était le pays qui allait avoir le taux de remplacement des retraites le plus faible d’Europe avec 61% en 2046, soit une baisse de 17%. En Allemagne, au Danemark et aux Pays-Bas les taux seront supérieurs et augmenteront d’ici 2046 et le Royaume-Unis devrait être à 70% et l’Espagne à plus de 80% (source Alternatives Economiques « Retraites : méfions nous des apparences »

  • Le report de l’âge minimal de départ touchera principalement les personnes qui ont commencé à travailler très tôt. Même si un dispositif devrait permettre à ceux qui ont commencé à travailler à 16 ans de partir à 60 ans, cela leur impose une durée de cotisation de 44 ans, très supérieure aux autres. Or, celles-ci connaissent souvent des conditions de travail difficiles et ont une espérance de vie inférieure à la moyenne.
  • Quant au report à 67 ans de l’âge donnant accès au taux plein, cette mesure touche surtout les femmes qui ont fréquemment des carrières à trous et les personnes ayant connue des difficultés dans leur parcours professionnel. Là encore, ce sont les travailleurs fragilisés qui sont les plus mal traités.
  • Le travail des séniors est un sujet que le gouvernement, contrairement aux promesses faites par Fillon lors de la réforme de 2003, n’arrive pas à résoudre. Aussi les séniors défavorisés connaîtront une période de chômage en fin de carrière plus longue et sans doute le RMI pour nombre d’entre eux et recevrons une retraite réduite. En revanche les séniors ayant les emplois les plus qualifiés pourront continuer à travailler et avoir une retraite à taux plein. Les chiffres de l’emploi montrent que les 55-64 ans sont les seuls pour lesquels le taux d’emploi à augmenté le plus et le taux de chômage le moins progressé entre 2008 et 2010.
  • Les jeunes sont sans doute les sacrifiés de la politique proposée. C’est la population qui a vu sont taux de chômage le plus progressé depuis 2008 alors même que le taux de départ était élevé. Or ce sont eux qui paieront les retraites de demain, nous devrions investir sur eux et nous les excluons du système ! C’est sans doute l’effet le plus inquiétant de la politique actuelle.

La réforme des retraites proposée par le gouvernement est inadaptée à la réalité d’aujourd’hui, trop sévère et injuste. Nous ne faisons pas comme les autres, nous faisons plus et moins équitable alors que notre situation est meilleure. Tous les autres pays mettent en place des systèmes permettant de compenser et gérer les inégalités liées à l’augmentation de l’âge de départ, la France moins. Nicolas Sarkozy nous trompe quand il dit que la retraite est une question de démographie, il nous trompe quand il prétend faire comme les autres pays Européen. Il faut une autre réforme, mieux adaptée à la réalité et plus juste. Il est plus que jamais important de se mobiliser pour dire non !

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