Populisme

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Le populisme est une attitude qui me met en colère, qui me touche en profondeur. Mais qu’est-ce au fond le populisme. Je viens de lire un article qui illustre bien à mon avis le mécanisme et met en évidence tout ce pourquoi il m’est insupportable.

Incapable de réduire l’insécurité, le gouvernement multiplie les annonces de mesures censées lutter contre la délinquance des jeunes. La proposition de loi préparée par Christian Estrosi contre la violence en groupes (autrement dit les « bandes »), déposée en mai dernier, est en discussion actuellement au Parlement. Début novembre, le ministre de l’Intérieur, Brice Hortefeux, a annoncé qu’il voulait mettre en place un « couvre-feu » pour les enfants de moins de 13 ans. Dans le même temps les grands médias n’hésite pas à en rajouter.

Ce discours s’inscrit dans un contexte où :

  • les individus se sentent en situation d’insécurité professionnelle, économique…
  • l’agressivité des individus augmente du fait d’un stress imposé par nos société moderne ;
  • la société vieillit ;
  • la vie qui habite les jeunes, le mouvement, la différence effraye.

Dans un tel contexte les jeunes sont un bouc émissaire parfait. Ce bouc émissaire permet de mettre une forme sur les peurs de la société, de détourner les individus de vraies causes de leur mal-être, de mobiliser une majorité d’entre eux sur un projet, d’être élu, de faire de l’audimat. Cet exemple est particulièrement intéressant car peut importe la réalité des faits, ce qui compte c’est les peurs de cette majorité, peut importe que cela soit efficace, l’important est de montrer que l’on agit pour défendre cette majorité.

L’article d’Alternatives Economiques analyse la situation et montre que la part des jeunes dans les violences a baissé de 4 points au cours des dix dernières années. Cette peur est donc plus un fantasme qu’une réalité, mais là n’est pas le problème.

Avant les années 1990, les termes « populisme » et « populiste » pouvaient désigner divers courants politiques, doctrines faisant appel exclusivement ou préférentiellement au peuple en tant qu’entité indifférenciée. Le terme « populisme » a désormais un sens plus restreint. Le populisme met en accusation des groupes identifiés, en leur attribuant la responsabilité des « maux » de la société, afin de mobiliser, d’unifier le « peuple » contre ce groupe, bouc émissaire, et ce indépendamment de la réalité de l’accusation.

Cette dialectique m’est insupportable pour deux raisons.

  • Premièrement, elle fait appel aux peurs, à la part d’ombre qui est en chacun de nous et dont nous sommes prisonniers.
  • La seconde est qu’elle vise à créer l’adhésion non pour et avec mais contre, elle oppose les uns aux autres.

Cette dialectique m’est encore plus insupportable quand elle vient d’hommes et de femmes qui souhaitent jouer un rôle politique car le rôle de la politique est d’aider les individus à vivre ensemble, d’aider les individus à faire face à leur peur, leur part d’ombre, d’aider les individus à exprimer ce qu’ils ont de meilleur en eux.

4 comments to Populisme

  • « Incapable de réduire l’insécurité, le gouvernement multiplie les annonces »

    Je crois que c’est pire encore : le gouvernement crée un sentiment d’insécurité, y compris là où il n’y en a pas — comme avec la grippe A, qui n’inquiétait que modérément les gens. Là aussi, des groupes de gens sont désignés à la vindicte publique : les médecins généralistes qui auraient souhaité être associés à la vaccination, tout ça pour gagner de l’argent, et pas parce qu’ils connaissent leurs patients (ben voyons !), ceux qui ne souhaitent pas se faire vacciner, et dont on cherche à persuader les foules qu’ils seront responsables des morts de la grippe… etc.

    Mais ce que tu dis sur la relation entre le populisme et la part d’ombre est très intéressant. Et ça rejoint des inquiétudes que j’éprouve, par rapport à certaines de mes (nombreuses) indignations. Dans quelle mesure est-ce que je ne me laisse pas entrainer sans savoir par mes peurs ? Mais si je refuse de les écouter (mes peurs), comment puis-je agir ? Comment puis-je savoir que quelque chose ne va pas comme je le voudrais si je me coupe de cette sensation de douleur morale, au même titre qu’une douleur physique informe de la proximité d’un danger…

    Bon, désolée, je ne suis pas très claire :-)

  • Fred Le Zèbre

    –) Lucie,

    Tu as raison, il est important d’accepter sa part d’ombre de la connaître afin de ne pas en être prisonnier. Sur ce sujet je te conseille le livre de Guy Corneau Victime des autres, bourreau de soi-même.

  • Arrête de me conseiller des livres, j’ai une immense pile à lire, déjà ! ;-) ))

  • Fred Le Zèbre

    C’est réconfortant de voir que l’on n’est pas seul dans cette situation. Pourquoi les journées n’ont que 24h ? :-)

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