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Rigueur, l’analyse erronée du gouvernement

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Le mot rigueur est banni par le président Sarkozy qui est dans le déni le plus complet. Mais nous entrons dans une période de rigueur. Réduire les déficits est une nécessité, mais le gouvernement, prisonnier de son idéologie, fait une analyse erronée de la situation et propose des solutions inadaptées. A ce rythme la situation n’est pas prête de s’arranger. Analyse.

Nicolas Sarkozy veut réduire les déficits mais sans toucher aux prélèvements. Cette politique en faveur des plus riches, est non seulement injuste mais, quand on analyse les chiffres, vouée à l’échec.

En effet, vouloir économiser 100 milliards d’euros sur les dépenses des dépenses de fonctionnement de l’État ne peut suffire. Contrairement à ce que veut faire croire le gouvernement, celles-ci baissent depuis un bon moment : les salaires et les achats liés à au fonctionnement de l’état sont passés de 9,9% en 1986 à 7,4% en 2009. Même en intégrant les collectivités locales et les subventions à l’activité et les aides du type RSA nous avons une baisse (entre 1997 et 2008, le total a baissé de 28,7% à 26,9% du PIB). Cette cure d’amaigrissement à des effets sur l’efficacité du fonctionnement de l’état :

  • la Cour des comptes a souligné le mois dernier l’ampleur des défaillances du système scolaire ;
  • la justice reste toujours aussi déplorable pour les justiciables et les prisons une honte pour la République.
  • la sécurité des personnes laisse toujours à désirer,
  • la crise du logement s’est aggravée.
  • le retard français demeure toujours aussi considérable sur la protection de l’environnement malgré les gesticulations de Nicolas Sarkozy.

Bref, si le « toujours plus » ne garantit absolument pas une qualité accrue de l’action publique, le « toujours moins » est loin d’avoir fait ses preuves…

Ce qui pèse le plus sur le budget de l’état c’est la protection sociale. Elle représentait 25,9% du PIB en 2009 contre 21,4 il y a 20 ans. Hors les dépenses de protection sociale est un système de redistribution immédiate des prélèvements réalisés. Et, contrairement à ce que suggèrent les cris d’orfraie à propos de l’assurance maladie ou des retraites, les déficits de la Sécurité sociale sont restés très limités jusqu’ici et sa dette est très inférieure à celle de l’état : son endettement ne représentait l’an dernier que 54 milliards d’euros, soit 2,8% du PIB, contre 1 278 milliards, soit 67% du PIB pour l’Etat central. Par ailleurs, couper dans ces dépenses, comme la France le fait de plus souvent, se traduit par une montée des inégalités. Inégalité face aux soins notamment. Privatiser la protection sociale ne ferait que réduire le montant des prélèvements sans réduire son coût. Pire, l’exemple américain montre que nous irions vers une augmentation des coûts et des inégalités.

Tous cela montre que le vrai problème de la France ne vient pas des dépenses, d’un état trop développé et inefficace. Certes, l’État français a besoin d’un remodelage en profondeur. Mais pour réussir une telle réforme, il faudrait d’abord des investissements coûteux à court terme. Et, même à long termes, cela ne permettra pas de réduire de 20% les dépenses.

Le problème c’est la chute libre des recettes : « Depuis 1999, l’ensemble des mesures nouvelles prises en matière de prélèvements obligatoires ont réduit les recettes publiques de près de 3 points de PIB… En l’absence de baisse de prélèvements, la dette publique serait environ 20 points de PIB plus faible aujourd’hui ! » Soulignent Jean-Philippe Cotis, directeur général de l’Insee, et Paul Champsaur, président de l’Autorité de la statistique publique. Sans ces mesures, nous ne serions pas dans la même situation aujourd’hui. De plus cette baisse est particulièrement injuste étant principalement liée au recul des impôts progressifs: l’impôt sur le revenu, l’impôt de solidarité sur la fortune (ISF) et les impôts sur les successions et donations ne représentaient plus à eux trois que 4,4% du revenu des ménages l’an dernier, contre 6,8% en 2000.

Contrairement aux affirmations et gesticulations de Nicolas Sarkozy, il faudra augmenter les prélèvements, notamment sur les revenus des plus aisés. De plus, cette mesure ne devrait pas avoir d’effet négatif sur le PIB car elle devrait se traduire par une baisse de l’épargne des plus aisés dans la mesure où la France est un des champions du monde de l’épargne avec 80% de celle-ci est constituée par les 20% les plus aisés. A l’inverse, la remise en cause des dépenses publiques, et notamment des dépenses de protection sociale, aboutirait mécaniquement à renforcer l’épargne de précaution. Avec comme résultat de freiner davantage encore l’activité économique.

Le problème aujourd’hui c’est que Nicolas Sarkozy pour bien faire devrait faire le contraire de ce qu’il a fait jusqu’à aujourd’hui. Mais il semble impensable qu’il le fasse, non parce que faire le contraire de ce qu’il a dit ou fait lui pose problème, mais parce qu’il est prisonnier de sa fascination pour les riches, parce qu’il est prisonnier des ses dogmes, parce que le bien public n’est pas son sujet. Pauvre France !

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