Changer de vie

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Changer. Nous savons tous que nous avons plein de choses à changer mais nous changeons si peu de chose. Changer c’est sans doute la chose la plus difficile à réaliser. C’est vrai pour soi, c’est vrai en entreprise, c’est vrai pour la société. On est prisonnier de nos peurs, peur de l’inconnu, peur de lâcher ce que l’on connaît, peur de nous exposer, peur de nos peurs. Changer n’est pas une question de savoir, de raison. Ce serait trop simple ! Ça passe par le ventre pas par la tête.

Christian Bobin dans son livre « Le Très-Bas » met bien en évidence cette question : « Trois mots donnent la fièvre. Trois mots vous clouent au lit : changer de vie. Cela c’est le but. Il est clair, simple. Le chemin qui mène au but, on ne le voit pas. La maladie c’est l’absence de chemin, l’incertitude des voies. On n’est pas devant une question, on est à l’intérieur. On est soi même la question. Une vie neuve c’est ce que l’on voudrait mais la volonté, faisant partie de l’ancienne, n’a aucune force. On est comme ces enfants qui tendent une bille dans leur main gauche et ne lâche pas prise qu’en s’étant assurés d’une monnaie d’échange dans leur main droite : on voudrait bien d’une nouvelle vie mais sans perdre l’ancienne. Ne pas connaître l’instant du passage, l’heure de la main vide. ». Dans ce bref passage, Christian Bobin met en évidence toutes les difficultés que l’on peut rencontrer. Changer de vie, oui mais pour quelle vie ? Changer de vie, oui mais comment ? La difficulté c’est de se décider de se mettre en route, c’est de faire son sac à dos et quitter la chaleur du foyer. La difficulté c’est de quitter des certitudes pour des doutes. En fait ce n’est pas le but qui est important mais le chemin car la destination changera en fonction du chemin.

En fait ce n’est pas important de connaître la vie que l’on souhaite, c’est même préférable de ne pas la connaître. L’important c’est l’intention de changer. Certes un objectif clair permet de mobiliser son énergie, de sortir de son lit chaud avant le lever de jour avec la promesse de voir le soleil se lever depuis le sommet que l’on va gravir. Mais, alors on ne prend pas le temps de regarder en chemin et on loupe toute la beauté qu’il offre. On ne regarde pas et on loupe le petit chemin de traverse. Et une fois arrivé on se rend compte que l’on n’est pas arrivé, qu’il faudrait monter encore plus haut pour avoir une meilleure vue. On se rend compte que ce n’est pas là que l’on voulait aller.

Ce qui est important c’est bien le chemin, c’est d’avancer en étant attentif à ce qui nous entoure, à ce que l’on ressent, c’est d’être pleinement à ce que l’on est entrain de faire, c’est la pleine conscience, la mindfulness. C’est en avançant que l’on trouve son chemin. C’est simple à dire, même si d’arriver à cette conclusion peut prendre des années et années. La difficulté c’est de le faire, c’est de se lever, de sortir de son lit chaud juste pour le plaisir de prendre la route, sans but si ce n’est d’être en mouvement, d’être vivant. Guy Corneau dans « Victime des autres, bourreau de soi-même » nous alerte sur le fait qu’il est important de ne pas faire de nos idéaux des buts à atteindre. Le principal est la mobilisation de l’énergie produite par l’idéal et non l’atteinte de cet idéal « cette mise en action produit une sensation de bonheur bien indépendamment de la réalisation ou non des idéaux projetés. ».

On est loin des solutions utilisées en entreprise et de la formule magique de la gestion du changement :

D+V+P>R

c’est-à-dire que la Disatisfaction + la Vision + un Premier Pas est supérieur à la résistance. Après y avoir cru pendant des années, j’ai été obligé d’arriver à la conclusion que cela ne marché pas pour changer. Cela marche pour essayer de faire changer les autres, ce qui est le cas en entreprise, mais pour soi c’est plus difficile ! Cela marche, mais attention à la frustration une fois la vision, l’objectif atteint !

Aussi, la question est de savoir pourquoi il est aussi dur de se mettre en route ? Pourquoi il est aussi difficile d’ouvrir la main ? Ce sera l’objet d’un autre billet.

3 comments to Changer de vie

  • tu connais certainement ce poème de Machado

    Marcheur, ce sont tes traces
    ce chemin, et rien de plus ;
    Marcheur, il n’y a pas de chemin,
    Le chemin se construit en marchant.
    En marchant se construit le chemin,
    Et en regardant en arrière
    On voit la sente que jamais
    On ne foulera à nouveau.
    Marcheur, il n’y a pas de chemin,
    Seulement des sillages sur la mer.

  • Fred Le Zèbre

    Non je ne connaissais pas. Merci pour le partage.

    Parfois, c’est en se perdant sur le chemin qui l’on découvre la beauté comme cette perdrix rouge dans Mouettes et autres oiseaux.

    :o )

  • [...] la douceur de ce que l’on a pour affronter la nuit en quête de beauté, c’est un peu comme changer de vie. Je sors et prends mon [...]

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