Sarkozy : Discours, Méthode et Pratiques

15 novembre 2009 par Fred le Zèbre Laisser une réponse »
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Comme d’habitude le discours de Nicolas Sarkozy sur l’identité nationale regorge de belles citations, de bonnes intentions. Merci Monsieur Guaino. Et alors. Il y a aussi le reste du discours, il y a la méthode et enfin la pratique. Comme pendant la campagne Sarkozy dit tout et son contraire ce qui permet de ne pas être contredit. Il dit des choses biens et des choses inadmissibles. La méthode est choquante. Les pratiques sont contraires aux valeurs des lumières, humanistes et de notre culture. Analyse.

1) Le discours.

Il y a de belles envolées auxquelles nous ne pouvons qu’adhérer « En plaçant l’éducation et la culture au cœur de son identité, la France s’est forgée une prédisposition à l’universalisme et à l’ouverture. De siècles en siècles, la France n’a cessé de se mélanger, de se métisser, le mot ne me fait pas peur, d’assimiler et dans ce mélange, dans ce métissage, dans cette assimilation de se transformer elle-même et de s’enrichir. » Il y a de belles références « N’est-ce pas au fond en entendant un vers de Racine ou de Baudelaire ou en lisant une page des Misérables que nous nous sentons le plus Français ? Dans quel autre pays au monde un tel miracle serait-il possible ? ». Il y a ce qu’il dit « La France est une terre de liberté et d’égalité. » et ce qu’il de dit  pas comme le mot Fraternité qui n’est présent qu’une fois mais dans la pensée des résistants « les valeurs de liberté, d’égalité et de fraternité avaient cessé pour eux d’exprimer une devise abstraite pour devenir la plus authentique et la plus profonde des expériences humaines. », pas dans la sienne !

Le discours utilise l’opposition entre les français. Pendant la campagne de 2007 il y avait ceux qui se levaient tôt est les autres, ceux qui voulaient travailler et les autres… Cette dialectique joue avec le sentiment de jalousie qui est en chacun de nous, sur le sentiment d’injustice associé, sur le besoin de nous comparer. C’est pourquoi la campagne de 2007 a si bien marché, c’est pourquoi Nicolas Sarkozy reprend cette dialectique. Sa mise en œuvre est comme toujours brillante et en 3 temps :

  • Premier temps, il énonce des évidences « On ne peut pas vouloir bénéficier des droits sans se sentir obligé par les devoirs (…) On ne peut pas vouloir bénéficier des allocations chômage sans se sentir moralement obligé de tout faire pour retrouver du travail parce que les allocations sont payées par le travail des autres. »
  • Deuxième temps, il dit que ces évidences ne sont plus mise en œuvre : « En renonçant à exiger de l’assisté qu’il fasse tous les efforts qu’il peut pour trouver un emploi. En choisissant la voie des 35 heures, nous avons ouvert dans la méritocratie républicaine des brèches morales qui n’ont cessé de s’élargir. ». Ce faisant on fait naître le doute et le chômeur devient aux yeux des travailleurs un parasite de la société qui lui vole une partie de ce qu’il a gagné en travaillant dur, celui qui fait les 35h un paresseux…
  • Troisième temps, il légitime ces comportements de suspicion et lève ainsi les tabous « Que reste-t-il de la République si l’on se met à considérer de la même manière le délinquant et la victime, celui qui fait son devoir et celui que ne le fait pas, celui qui fait son travail et celui qui ne fait rien ? (…) Ces renoncements là, je ne les accepterai jamais ! » Nous non plus nous ne devons pas renoncer.

Au-delà de ce qui est dit ou omis, cette dialectique est inacceptable de la part d’un Président de la République. Il n’est pas là pour flatter la part d’ombre qui est en nous, il est là pour nous aider à nous élever et à exprimer notre part de lumière.

2) La méthode.

On peut tout d’abord s’étonner qu’il, en tant que le Président de la République, donne les réponses avant que le débat ait eu lieu. « Que les choses soient claires, j’ai voulu un débat, je ne veux pas imposer les conclusions avant qu’il y ait lieu, mais ces renoncements là, je ne les accepterai jamais. ». Les choses sont en effet claire, les conclusions du débat sont déjà connues, on peut débattre, on peut s’amuser mais n’espérons pas que notre voix soit entendue. Mais cela fait parti de la méthode de notre Président, ce n’est pas la première fois et ce ne sera pas a dernière.

On peut être choqué par le choix du lieu et la référence à la résistance et à ses valeurs est étrange. Je ne reviendrais pas sur le comportement déplacé et choquant qu’avait eu Nicolas Sarkozy au cimetière de Glières. Le sujet porte plus sur le fond, le programme du conseil national de la résistance publié en mars 1944 et mis en œuvre après la guerre a permis de créer la sécurité sociale, la retraite par répartition la liberté de la presse… C’est acquis qui reposent sur les valeurs de la France dont se gosse Nicolas Sarkozy sont tous les jours un peu plus remis en cause. Denis Kessler inspirateur de l’idéologie du MEDEF et de Nicolas Sarkozy la clairement dit « il faut défaire méthodiquement le programme du conseil national de la résistance. »1 On ne peut être plus clair. On ne peut pas

3) La pratique.

Pour Stéphane Hessel, ancien résistant et déporté, il faut défendre aujourd’hui l’esprit de la résistance « il nous appartient tous ensemble de veiller à que cette société reste une société dont nous puissions être fiers, c’est-à-dire pas une société où on expulse les sans papiers, pas une société où l’on diminue la sécurité sociale, pas une société où la presse et les médias sont largement entre les mains des possédants. »1. Il aurait pu aussi mentionner pas une société où on condamne des français pour délit de solidarité, où on met de jeunes enfants dans des camps.

Le décalage entre le discours et la pratique est permanent. Nicolas vante la méritocratie et pratique le népotisme en voulant Mettre son fils Jean à la tête de l’EPAD. Nicolas Sarkozy vante le respect « ce que nous avons aujourd’hui à construire c’est bien une société où chacun s’efforce de comprendre et de respecter l’autre » et ne respecte même pas ses ministres et traite un français de « pauvre con ». Nicolas Sarkozy est pour une école qui lutte contre les inégalités et réduit toujours les moyens mis à sa disposition. Nicolas Sarkozy veut des enseignants respecté par leurs élèves alors que lui ne respecte pas les enseignants. La liste est longue.

Le discours de Nicolas Sarkozy, Président de la France, est une imposture indigne de la France et de ses valeurs. Une nouvelle fois, Nicolas Sarkozy rabaisse la France et flatte nos pulsions les pires. Ce discours m’a profondément choqué et j’avais besoin d’exprimer ma colère afin de retrouver la sérénité en moi.

1. Propos issus du film « Walter, retour en résistance » de Gilles Perret. Ce film hérisse l’UMP en Haute-Savoie dont Bernard Accoyer.

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4 commentaires

  1. Jean dit :

    Je crains que sans trop vous en rendre compte, vous n’ayez écrit que Nicolas est là pour nous aider à nous élever et à exprimer notre part de lumière.

    Je vous remercie pour lui.

    d\'accord / pas d\'accord : +1 1 -1 1

  2. Moi dit :

    Caché à cause de très mauvaise notes. Cliquer ici pour voir.

    Poorly-rated. Like or Dislike: +1 0 -1 2

    • –) Moi

      Merci pour ce commentaire qui permet d’éclairer le débat.

      Votre analyse me fait penser à de nombreux commentaires sur le site de M. Besson fustigeant « la pensée unique de la gauche ». Cette récurrence m’a conduit à réfléchir sur le lien entre pensée unique et morale et je pense écrire un post sur le sujet. Cette assertion laisse aussi entendre que les valeurs humanistes seraient de gauche. Ce serait sans doute trop d’honneur pour la gauche et une insulte à la droite humaniste qui heureusement existe.

      La mise sur un même niveau du communisme et du nazisme me paraît erroné. Même si les deux idéologies ont fait autant de morts, les intentions étaient différentes : le nazisme trouve sa source dans la peur et la haine de l’autre alors que le communisme voulait le bien de tous. Je viens certainement de faire preuve de plein de suffisance mais c’est mon utopie à moi.

      d\'accord / pas d\'accord : +1 0 -1 0

  3. Le film « Walter, retour en résistance » de Gilles Perret vient d’être censuré par le maire UMP de Saverdun en Ariège. Il a fait par à l’association culturelle organisatrice avec « Mémoire résistance en Ariège » que le film était trop agressif et politique.

    Finalement c’est « La princesse et la grenouille » qui a été projeté. La magie Disney marchera telle sur les français.

    Source : le Canard Enchaîné

    d\'accord / pas d\'accord : +1 0 -1 0

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